Éditorial

*Artículo disponible solamente en francés*

 

Caminando, en marche, depuis déjà 40 ans ! Au fil du temps, la revue Caminando a présenté des textes qui ont suivi les grands enjeux sociopolitiques en Amérique latine. Le CDHAL a fait de cette revue un espace unique de réflexion et d’engagement, où diverses voix ont partagé au fil du temps les luttes sociales pour la défense des droits humains et des territoires contre un modèle hégémonique au profit des puissances économiques et étrangères.

C’est dans un contexte particulier que Caminando célèbre cette année ses 40 ans d’existence. Malgré la violente répression étatique, le début de l’année était marqué par un élan d’espoir dû aux mobilisations sociales d’appui aux mouvements autochtones, afrodescendants, paysans, féministes et anticapitalistes qui historiquement mènent des luttes contre le système prédateur et oppressif. La pandémie est venue exacerber de nouveau les inégalités et la précarité des conditions de vie des communautés déjà marginalisées. En effet, la Covid-19 a servi de raison parfaite pour taire les contestations populaires et donner a contrario des pouvoirs exceptionnels aux autorités publiques. Les textes que l’on retrouve entre ces pages démontrent ainsi l’extrême précarité des droits en contexte de crise.

La pandémie de la Covid-19 montre à quel point les luttes pour les droits des personnes migrantes et travailleuses temporaires sont loin d’être gagnées. La fermeture des frontières et l’absence de reconnaissance du statut des personnes migrantes, notamment celles qui travaillent dans les secteurs essentiels, illustrent le système à deux vitesses dans lequel nous vivons. Les personnes migrantes, demandeuses d’asile et sans-papiers demeurent des citoyens et citoyennes dits de « seconde classe », où leurs droits sont refusés et bafoués, même s’ils et elles risquent leur vie pour assurer le maintien des privilèges d’une minorité.

Ce numéro est le deuxième du volume 34 de Caminando – le premier numéro est paru en décembre 2019 – qui porte sur les causes structurelles des mouvements migratoires, visant, à travers les différentes contributions, à construire une analyse alternative, critique, inclusive et émancipatoire, ancrée dans les expériences issues des mouvements sociaux et des réseaux de solidarité avec les personnes migrantes.

Comment mettre fin aux processus d’expulsion et d’exploitation systémiques, à l’ostracisation et au racisme à l’égard des personnes migrantes vues comme une marchandise aux yeux des États, des entreprises, et comme des criminelles aux yeux des autorités policières, migratoires et carcérales? Au fil des articles, à partir de divers points de vue, les auteures et auteurs partagent des réflexions et analyses sur les parcours migratoires et les luttes pour exiger la reconnaissance du travail invisible, ainsi que des conditions de vie et de travail dignes et justes des personnes migrantes. On y aborde, notamment, les enjeux du programme de travailleurs et travailleuses temporaires du secteur agricole du Canada.

La publication de ce volume de Caminando fait partie des outils d’éducation liés à un projet d’éducation populaire plus vaste porté par le CDHAL, le Centre des travailleurs et travailleuses immigrant·e·s (CTTI) et Solidarité Laurentides Amérique centrale (SLAM). Ce projet vise à construire, avec des travailleuses et travailleurs provenant d’Amérique centrale et du Mexique, une analyse collective des causes structurelles des migrations.

Ce numéro n’aurait été possible sans la contribution des auteur·e·s, les artistes qui ont partagé leurs illustrations, ainsi que toutes les personnes qui ont appuyé solidairement la traduction et la révision des articles. Nous remercions également les partenaires de cette édition de Caminando qui, encore une fois cette année, ont démontré leur soutien pour ce projet.

Bonne lecture !