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Il était une fois une lutte pour la vie

Il était une fois une lutte pour la vie

Avec un territoire d’à peine 20 000 kilomètres carrés et un niveau de vulnérabilité élevé, le Salvador s’est transformé, au cours des dernières années, en un mets convoité, mais difficile à digérer, pour plusieurs entreprises transnationales minières qui prétendent extraire de son sous-sol de l’or et de l’argent.

Peu importent les chantages, les menaces, les assassinats, le marketing social, les poursuites millionnaires, la division sociale et la contamination que les entreprises utilisent, la population répond par une résistance pacifique et artistique afin de freiner les projets mortels des entreprises minières. Aveuglées par l’éclat de l’or et de l’argent, celles-ci se soucient peu de la vie de milliers d’hommes et de femmes qui vivent dans le bassin de la rivière Lempa, un des trésors les plus importants de la patrie salvadorienne.

Il était une fois une terre avec de l’or… il était une fois un peuple courageux

Dix ans se sont écoulés depuis l’émergence de la résistance anti-minière dans le département de Cabañas, au Salvador. Un mouvement fort a réussi à freiner les entreprises minières qui, depuis les années 90, ont entamé leur phase d’exploration dans la municipalité de San Isidro, au nord de Cabañas, avec la mine El Dorado.

Vidalina Morales, présidente de l’Association de développement économique et social, de Santa Marta-ADES (Asociación de Desarrollo Económico Social), une des principales organisations de la résistance aux compagnies minières, raconte que la lutte est née des communautés affectées.

« Un soir, un groupe de paysannes et de paysans nous ont rendu visite, inquiets par la mise en œuvre du projet minier. Ils nous ont raconté qu’ils s’étaient rendus à l’église et à d’autres institutions gouvernementales, mais que personne ne les avait écoutés. Nous verrons si vous appuyez vraiment les communautés, nous avaient-ils dit ».

Le projet El Dorado sera, s’il est mis en œuvre, une mine souterraine. Comme la majorité des projets d’exploration et éventuellement d’exploitation minière au Salvador, il est situé dans le bassin de la rivière Lempa, la ressource hydrique la plus importante du Salvador, situé au nord du pays, dans sa région la plus pauvre.

Le projet minier El Dorado était détenu à ses débuts par Pacific Rim El Salvador (PRES), propriété de la compagnie minière canadienne Pacific Rim Mining Corporation, mais il est actuellement administré par Oceana Gold, d’origine et de capital australien.

Après avoir accompli des avancées dans l’exploration et après avoir présenté des études d’impacts environnementaux peu détaillées, qui ne répondaient pas à des questionnements de base tel que « combien y-a-t-il d’eau disponible sur le site d’exploration ? » et « quels seront les impacts à long terme sur les ressources d’eau souterraines ? », l’entreprise s’est vue interdire par l’État de poursuivre l’exécution de son projet.

Face à cette décision, l’entreprise minière a intenté une poursuite de 301 millions de dollars contre l’État au Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), une situation qui a attisé encore davantage la forte résistance sociale et citoyenne.

La situation est devenue délicate pour PRES, qui a été obligée de vendre ses actions et s’est scindée en une série de structures territoriales (Fondation El Dorado et Minerales Torogoz S.A de C.V.), lesquelles tentent de vendre l’idée de l’industrie minière comme étant la solution à tous les problèmes de Cabañas et du Salvador.

Et la terre s’est tachée de sang de ce même peuple courageux

Après avoir réalisé diverses actions de conscientisation, de sensibilisation et de mobilisation sociale dans les communautés de Cabañas et après avoir réussi à situer l’enjeu de la défense de l’environnement au niveau communautaire, départemental et national, la situation est graduellement devenue plus complexe et l’entreprise a répondu avec des menaces, utilisant la division, le chantage et la cooptation des volontés politiques comme stratégies principales pour atteindre ses objectifs.

Alejandro Guevara, défenseur et dirigeant de l’Association environ-nementale La Maraña – AALAM (Asociación ambiental La Maraña), affirme que les confrontations entre leaders et travailleurs étaient assez fréquentes dans la zone avoisinant la mine El Dorado. « Un jour, ils sont arrivés dans la communauté La Maraña avec une campagne sur la santé visuelle. Celle-ci était organisée par la mairie de Sensuntepeque, à Cabañas, et FUDEM, une fondation privée qui offre des services de consultation en ophtalmologie. Ils se sont alliés à l’entreprise minière afin de gagner de l’appui dans la communauté », dit Alejandro.

Les instances de gouvernement et d’autres structures privées de Cabañas se sont alliées à l’entreprise minière et ont tourné le dos à la population et aux organisations qui luttaient contre les industries extractives. Cette situation a mené certaines organisations comme ADES Santa Marta, CESTA Amis de la Terre et l’Unité écologique salvadorienne – UNES (Unidad Ecológica Salvadoreña) à former, en 2005, la Table nationale contre l’industrie minière métallique (Mesa nacional Frente a la Mineria Metálica). Cette structure s’est solidifiée et regroupe actuellement 12 organisations de différentes régions du pays qui, avec une approche clairement environnementaliste, défendent la vie.

Au fur et à mesure que la lutte pour le territoire se renforçait et que les communautés exigeaient le respect de leur droit à un environnement sain, plusieurs leaders sociaux affichaient leur opposition à la mine et se positionnaient aux côtés de la population pour l’accompagner dans ses justes luttes. Cependant, ils s’exposaient et devenaient plus vulnérables aux attaques de l’entreprise minière qui n’envisageait pas d’abandonner ses intérêts pour l’extraction d’or et d’argent sur les terres d’El Dorado.

À cause de leur implication dans le mouvement et de l’incapacité des autorités à octroyer des mesures de protection, les personnes à la tête des mouvements de lutte sont devenues les premières victimes d’un processus dont l’éclatement était prévisible. Marcelo Rivera, Ramiro Sorto et Dora Sorto (enceinte de 8 mois) ont été assassinés en 2009 pour avoir défendu l’environnement, la vie et la santé des générations actuelles et futures. Cette tache de sang est encore fraîche et la population continue d’exiger justice face à l’impunité déguisée en fonctionnaires et administrateurs judiciaires dans le pays.

Les batailles contre l’impunité se gagnent en s’unissant

Bien que la douleur ressentie par la perte d’hommes et de femmes courageux et engagés pour la vie ait signifié la redéfinition de mécanismes de sécurité plus adéquats pour les leaders, l’engagement du mouvement environnementaliste salvadorien et d’ADES n’a jamais été remis en question, surtout en ce qui a trait à l’avancement de la défense de l’environnement et par conséquent, de la vie.

Le travail de promotion et d’éducation à travers des tournées et des campagnes au niveau communautaire, national et international, la participation à des congrès, à des marches vertes, l’accompagnement et la pression pour arriver à l’approbation d’une loi qui interdise l’industrie minière métallique sont des manifestations de la force du mouvement, mais sont également un appel constant pour obtenir justice et parvenir à mettre fin à l’impunité au Salvador.

La légitimité et le caractère nécessaire de la lutte en cours à Cabañas et au Salvador ont permis à des instances comme l’Église catholique de se prononcer fermement sur le sujet. Ainsi, en 2007, l’Église annonçait, à travers son communiqué « Prenons soin de la Maison de tous », que : « dans cette perspective de la foi, nous désirons partager avec vous notre vision pastorale sur un problème qui nous inquiète profondément : la possibilité que soit autorisée l’exploitation de mines de métaux précieux à ciel ouvert ou souterraines, plus particulièrement dans la zone nord de notre pays ».

En 2010, l’Église catholique a réaffirmé sa position et a fait un appel à « défendre la vie et le bien commun ». Dans cet appel, l’Église met l’emphase sur le fait que l’exploitation minière cause des dommages irréversibles à l’environnement et aux communautés de la région. Plusieurs municipalités mettent actuellement en place des consultations citoyennes afin de s’auto-déclarer « territoires libres d’exploitation minière ».

Même si le doute persiste, que l’impunité et ses ombres continuent de faire peur, la lutte pour la vie exige un positionnement clair de ces acteurs et actrices qui, à partir de leurs occupations quotidiennes, alimentent et exigent le respect de la souveraineté nationale.

Le Salvador fait face actuellement à une poursuite de plus de 300 millions auprès du CIRDI. Il y a toutefois une absence de mécanismes légaux qui permettraient à la population de s’assurer que des ressources comme l’eau et des droits fondamentaux tels que la vie soient considérés plus importants que des intérêts éminemment économiques et avares comme ceux promus et défendus par Oceana Gold.

L’entreprise minière se divise en structures territoriales qui, du point de vue du marketing social et de la responsabilité sociale des entreprises, tentent de se donner une image responsable en ce qui a trait à l’environnement. Cependant, malgré le fait que les nuages de l’impunité et de l’injustice soient constamment visibles, les populations de Cabañas et du Salvador savent que le soleil viendra ensuite.

 

Traduction : Amelia Orellana

Jaime Sánchez

Jaime Sánchez est secrétaire de programmes à l’ADES Santa Marta. Il a participé à des projets de communication alternative et a mené des recherches sur la participation des jeunes et le développement communautaire pour la Faculté latino-américaine des sciences sociales (FLACSO).

Deysi Rivas

Deysi Rivas est étudiante en journalisme de l’Universidad de El Salvador et chargée du secteur des communications à l’ADES Santa Marta. Elle a également travaillé auprès de radios communautaires.

ADES

L’ADES est une organisation sociale qui fait la promotion du travail et du développement communautaire et de la revendication des droits humains.