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La diversité de nos voix exprimée à travers la diversité de nos médias

Les médias de masse qu’on appelle aujourd’hui « médias traditionnels » continuent d’occuper un espace important dans la politique publique des pays, en établissant des priorités et à maintes occasions, en orientant le cœur et l’esprit de l’opinion publique.

Bien que plusieurs de ces médias considèrent maintenant avec intérêt les voix qui s’expriment sur Internet, ils le font d’une manière biaisée et sans aucune réflexion.

L’Internet nous a effectivement démontré, il y a plus de 20 ans déjà, que chacune et chacun d’entre nous peut s’exprimer et être écouté par d’autres. L’intérêt démocratisant d’Internet, né de l’intention d’être multidirectionnel (par contraste avec le caractère unidirectionnel des médias traditionnels), continue de se maintenir.

Pour les mouvements sociaux, dont les demandes ont été historiquement réduites au silence, ces plateformes numériques offrent la possibilité d’être présents en permanence sur les écrans (et dans les vies) d’autres personnes, et d’amplifier les voix des défenseur.e.s de l’environnement.

Grâce à ces nouveaux médias, il est désormais davantage possible de transmettre de l’information en temps réel et à partir de la voix des protagonistes mêmes tout en remettant en question la désinformation.

Le Movimiento mesoamericano contra el modelo extractivo (M4) (Mouvement mésoaméricain contre le modèle extractif, M4) est un réseau d’organisations, de communautés et de groupes qui luttent contre l’industrie minière sur des territoires qui vont du Mexique jusqu’au Panama, la Colombie, le Pérou et le Paraguay. Depuis ses débuts autour de l’année 2012, ce mouvement a misé sur une plateforme Web qui lui permettrait d’être le canal de communication de concert avec d’autres mouvements et d’autres personnes intéressés par la défense territoriale contre l’extractivisme minier.

À partir de là, nous avons partagé nos communiqués, nos analyses, nos publications et du contenu multimédia tout en nous efforçant de rassembler du matériel provenant d’autres mouvements et organisations voués à la défense des territoires. Il s’agit de faire le pont entre ces différents matériels didactiques, qui servent d’appui à nos luttes, et les groupes qui les ont créés pour que, du même coup, se resserrent les liens autour de la défense de la terre.

À la même époque aussi, se sont mis en place d’autres canaux qui nous ont permis de diffuser toute cette information : nous avons donc choisi un courriel institutionnel, créé des listes de courriels et des comptes sur des réseaux sociaux commerciaux comme Twitter et Facebook. Nous avons ainsi réussi à établir une communication plus directe avec les personnes et les mouvements. Par la suite, nous avons ouvert de nouveaux canaux. Grâce à tous ces espaces, nous avons pu voir que les plateformes numériques ont désormais un rôle important quant à la diffusion des évènements et situations constamment vécues par les défenseur.e.s de la nature. Nous avons également vu se déployer les débats et les actions entreprises dans la recherche de formes de vie digne, et c’est à travers ces espaces que nous avons créés des alliances avec des chercheur.e.s du monde académique, des journalistes et des personnes sensibles à ces sujets.

Avec le temps, nous nous sommes liés à d’autres luttes. Ainsi, vers la fin de l’année 2014, nous avons décidé de migrer notre plateforme Web et nos listes de courriels vers des serveurs plus sécuritaires. Depuis lors, nos contenus se trouvent sur l’espace de la Cooperativa tecnológica Primero de Mayo[1]. Un autre des changements a été de migrer une grande partie de nos contenus vers la plateforme libre archive.org[2]. Nous savons qu’en ce qui a trait aux technologies, il nous reste encore du chemin à faire, mais nous avançons avec la conviction de devoir nous engager vers d’autres modèles qui soient en harmonie avec les principes d’autonomie et d’autodétermination que nous défendons.

Notre force part du local au global. La communication à la défense de nos territoires

Actions urgentes et actions de prévention de la criminalisation

Divers groupes de base qui font partie du Mouvement M4 sont quotidiennement victimes de criminalisation, de harcèlement et de diffamation. Alors qu’au début, la plateforme Web était vue comme l’espace le plus important d’où annoncer nos dénonciations, nos félicitations et nos alliances, nous avons réalisé vers le milieu de l’année 2013 que c’était à partir de cet espace que nous voulions lancer nos actions urgentes de dénonciation et/ou de prévention. Nous avons inauguré l’espace avec un appel pour que cessent les activités du Consortium minier Peña Colorada[3] sur un territoire convoité par les États de Colima et de Jalisco, au Mexique.

Par la suite, les actions urgentes réalisées à travers notre plateforme Web pour appuyer la communauté de Zacualpan et Victor Chí, Gabriel Martínez, Esperanza Salazar ainsi que le Conseil autochtone[4] ont été fondamentales pour rendre visible la violence exercée par le gouvernement de l’État contre les camarades, ce qui a aidé à réduire les risques et à renforcer la sécurité. Dans leurs propres mots :

« La diffusion de ces évènements importants pour notre lutte, tels que le Forum national contre l’industrie minière qui a eu lieu dans la communauté autochtone de Zacualpan en 2015 ou la Mission nationale et internationale d’observation pour le cas Zacualpan, a été décisive pour l’internationalisation de notre lutte et, telle que combinée à plusieurs autres stratégies, à freiner jusqu’à maintenant le projet extractif.

Pour Bios Iguana A.C. et le Consejo Indígena por la Defensa del Territorio de Zacualpan, l’appui reçu depuis 2013 de la part du Mouvement M4 «  a été essentiel face aux menaces, à la criminalisation, la stigmatisation et la violence tout au long de notre lutte contre le projet minier à ciel ouvert  ». »

Les actions ont continué d’être lancées selon les besoins. Le 3 mars 2016, nous nous sommes réveillés à l’aube avec la nouvelle extrêmement triste du vil assassinat de notre camarade Berta Cáceres. Nous n’arrivions pas à nous calmer face à la situation de persécution et de criminalisation que vivaient les camarades du Consejo de Organizaciones Populares e Indígenas de Honduras (COPINH). Notre douleur et notre préoccupation n’en sont pas restées là. Notre camarade, Gustavo Castro, qui se trouvait dans la maison de Berta pour donner des ateliers sur les alternatives au modèle extractif, avait également été la cible d’une tentative d’assassinat et était retenu de façon injustifiée au Honduras.

À partir de la plateforme du Movimiento M4, en contact direct avec les camarades de l’organisation Otros Mundos A.C. du Chiapas, au Mexique, nous nous sommes rendus disponibles pour diffuser en temps réel les actions et les informations entourant la situation de Gustavo. Nous avions besoin de dire à tout le monde que notre camarade et unique témoin de l’assassinat de Berta ne pouvait pas rester au Honduras, à la merci d’un État qui ne garantissait pas son intégrité physique et psychologique. Nous avons maintenu notre présence tout le mois pendant lequel notre camarade a été retenu dans ce pays en exigeant #SeguridadParaGustavo.

Les actions menées ont reçu un grand appui. La communauté internationale est restée attentive à la situation et nous continuons de croire que notre camarade a pu sortir du Honduras grâce à l’appui des personnes, organisations et autorités de partout dans le monde qui ont exprimé leur indignation et leur appui. Jusqu’à aujourd’hui, nous continuons d’exiger #JusticiaParaBerta.
Finalement, vers la fin de l’année passée, lorsque le groupe Acción Ecológica a été criminalisé par le gouvernement équatorien[5], nous nous sommes sentis honorés que ses membres puissent compter sur notre plateforme afin de diffuser leur dénonciation à travers le monde et demander la solidarité avec leurs demandes contre l’industrie minière et en défense du peuple Shuar.

Du Sud-Est mexicain

L’équipe de Otros Mundos A.C./Amigos de la tierra México, basée à San Cristobal de las Casas, au Chiapas, Mexique, possède à la fois son propre département de communication pour la consolidation de son travail de défense du territoire et son espace Alternatos, dédié à la recherche d’alternatives locales au système capitaliste. L’équipe alimente quotidiennement son site Web[6], un portail informatif permettant au grand public, aux organisations sociales et aux communautés en résistance de mieux comprendre les impacts du modèle extractif sur les territoires et de connaître les peuples qui résistent au jour le jour au dépouillement, que ce soit au Mexique ou ailleurs dans le monde. On trouve sur ce site des communiqués, des dénonciations de la part de divers peuples organisés ainsi que plusieurs autres publications d’Otros Mundos en accès libre : des analyses, des vidéos, des enregistrements audio, des fiches informatives, des manuels, des illustrations et des cartes. Les lecteurs et lectrices sont invité.e.s à les télécharger et à les reproduire pour leur utilisation personnelle ou pour le partage.

Chez Otros Mundos A.C., nous considérons que la vidéo est un outil particulièrement puissant, comme nous avons pu le voir avec le cas du Frente Popular en Defensa del Soconusco 20 de junio (FPDS), un groupe que nous accompagnons dans sa résistance contre l’industrie minière sur la côte du Chiapas. Lorsque ses membres ont installé un campement en septembre 2016 afin d’exiger la fermeture de la mine Casas Viejas exploitée par El Puntal S.A de C.V., nous avons réalisé une vidéo afin de raconter ce qui s’y passait. En démontrant que les membres du FPDS étaient des hommes et des femmes qui luttaient pacifiquement pour une vie digne et saine, cette vidéo est devenue un outil contre la désinformation et contre les tentatives de criminalisation du mouvement.
Le site Web et les réseaux sociaux d’Otros Mundos continuent d’être le principal moyen d’information sur la lutte du FPDS. D’une part, cela lui permet d’avoir un impact médiatique et de compter sur un bon réseau d’alliés en situation d’urgence (harcèlement policier, par exemple). D’autre part, nous constatons qu’il est difficile pour les défenseur.e.s de s’intégrer à la stratégie de communication en prenant une caméra ou en utilisant les réseaux sociaux de leur mouvement lorsqu’il s’agit de personnes adultes qui ne sont pas particulièrement intéressées par la communication, par l’audiovisuel ou par l’Internet. Néanmoins, à travers le matériel produit par l’organisation, nous diffusons leur voix et leur parole qui deviennent ainsi d’importants outils d’accompagnement.

Le COPINH prend la parole à la radio communautaire La Voz del Gualcarque

Au COPINH[7], la communication populaire, alternative, aux mains des communautés en résistance, a été une arme essentielle pour la lutte de toutes les communautés qui ont été rejointes. Dans plusieurs des communautés qui composent le COPINH, il n’y a pas d’électricité, mais il y a, par contre, une radio dans chaque maison.

Dans ce contexte, la radio communautaire a été un élément important de formation politique de la communauté, en partageant les programmes et les productions d’autres radios et médias alternatifs et en créant un espace libre de discussion et d’information, tout en cherchant à s’éloigner des mauvaises pratiques et des travers sensationnalistes et tendancieux des médias corporatifs. La radio a été un instrument de lutte pour la libération des femmes qui y retrouvent un espace d’incidence, de dénonciation et d’expression.

Un exemple clair de ce processus est celui de la radio communautaire La Voz del Gualcarque à Río Blanco, Intibucá, au Honduras, qui, entre autres, donne de l’information contre la construction du barrage assassin Agua Zarca.

La force que la radio a infusée à la communauté a eu un tel impact que l’entreprise a payé pour monter une radio sur la même fréquence afin de perturber celle de La Voz del Gualcarque. Néanmoins, l’argent sale de ce barrage n’a pu acheter ni le travail communautaire ni la joie des gens d’installer leur antenne, de construire leur local et de s’organiser pour que chacun et chacune, dans la mesure de ses possibilités, puisse participer à la radio de la communauté.

Pour toutes ces raisons, la communication populaire continue de se construire et de dénoncer l’assassinat de notre camarade Berta Cáceres, qui a perdu la vie pour avoir encouragé l’organisation et la rébellion du peuple Lenca.

Jour après jour, nous constatons à quel point la communication aux mains des mouvements et sous les divers formats adoptés est un outil fondamental pour faire avancer les luttes. En unissant ce moyen à d’autres formes d’organisation, nous pouvons affronter les attaques du capital pour continuer à construire la vie digne que nous méritons de vivre.

 

Traduction par Amelia Orellana

Photo : Campagne du MovimientoM4 dans le cadre de la Journée internationale contre l’exploitation minière à grande échelle, le 22 juillet.
Courtoisie du MovimientoM4

 


Notes
1 https://mayfirst.org/es/
2 https://archive.org/
3 http://movimientom4.org/2013/06/accion-urgente-para-detener-al-consorcio-minero-pena-colorada/
4 http://movimientom4.org/tag/zacualpan/
5 http://movimientom4.org/2016/12/accion-urgente-al-gobierno-ecuatoriano-contra-la-doble-caceria-extractivista/
6 http://www.otrosmundoschiapas.org/
7 https://copinh.org/

MovimientoM4

Le Movimiento mesoamericano contra el modelo extractivo (M4) (Mouvement mésoaméricain contre le modèle extractif, M4) est un réseau d’organisations, de communautés et de groupes qui luttent contre l’industrie minière sur des territoires qui vont du Mexique jusqu’au Panama, la Colombie, le Pérou et le Paraguay.