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Un Mur de femmes contre les oléoducs et les sables bitumineux, pour faire entendre la voix des femmes

Le Canada fait actuellement figure de cancre du climat avec le développement effréné de projets d’extraction gazière et pétrolière. Parmi ceux-ci, celui de l’extraction et du transport des sables bitumineux est actuellement le plus grand projet industriel du Canada et le plus polluant au niveau mondial. Ces dernières années ont vu naître de nombreuses mobilisations pour stopper ou freiner l’expansion de cette exploitation.

Le Collectif du Mur de femmes contre les oléoducs et les sables bitumineux est né dans le cadre la Marche mondiale des femmes 2015 dont le thème est justement : « Libérons nos corps, notre Terre et nos territoires ». La première action du Collectif s’est tenue le 8 mars, jour du lancement de la Marche mondiale 2015, par une action de résistance symbolique devant la raffinerie Suncor, dans l’est de Montréal. Plus de cent cinquante personnes ont participé à cette action. Depuis, le Mur de femmes a fait son apparition dans plusieurs contextes, des conférences, des marches (dont la grande Marche Climat du 11 avril 2015), de même qu’une traversée de la rivière des Outaouais en kayaks et rabaskas le 4 juillet 2015. Lors de chacune de ses apparitions, le Mur de femmes a suscité un véritable engouement, en particulier chez les femmes, puisqu’il leur offre l’opportunité de faire entendre leur voix.

À la différence des murs érigés à travers le monde pour diviser des peuples, le Mur de femmes se veut unifiant. Il s’agit d’un mur de femmes unies en tant que protectrices de la Terre Mère pour stopper les industries dévastatrices. En ce sens, le Mur est constitué du corps des femmes qu’elles utilisent collectivement et solidairement dans un acte de résistance et d’affirmation.
Les objectifs de nos actions sont multiples. Tout d’abord, nous souhaitons faire entendre la voix des femmes sur l’enjeu des sables bitumineux et des oléoducs mais aussi sur la question climatique dans un sens plus large.

En effet, que ce soit à Fort McMurray en Alberta, là où sont exploités les sables bitumineux, ou encore tout le long des tracés des oléoducs, des communautés entières se mobilisent. Or, bien que beaucoup de ces mouvements soient composés de femmes, elles sont peu nombreuses à prendre la parole ou à être mises de l’avant dans le milieu environnemental, dont bien des organisations et des mouvements sont dirigés par des hommes, comme cela se reflète tout particulièrement au Québec. Si nous croyons qu’encore aujourd’hui beaucoup de femmes ne se sentent pas légitimes de s’exprimer lorsqu’elles sont en présence d’hommes, nous sommes convaincues que la voix particulière qu’elles apportent est précieuse et qu’elle se doit d’être entendue.

Un autre de nos objectifs principaux est d’exprimer notre solidarité avec toutes les femmes qui, d’un bout à l’autre de notre grand pays et au delà, sont affectées ou voient leurs communautés et leur environnement affecté par ce mégaprojet. Notre action fait d’ailleurs écho au « Wall of Women against Tar Sands » initié en Colombie-Britannique en mars 2014 par des femmes autochtones. Nous sommes particulièrement solidaires des femmes autochtones, elles qui sont au-devant des luttes, comme elles le sont au Canada contre l’extraction du pétrole des sables bitumineux. Nous sommes aussi en appui à toutes les femmes qui luttent depuis des années sur l’ensemble de la Terre Mère, pour défendre les territoires contre les mégaprojets industriels qui offensent leurs corps, polluent la Terre et détruisent leurs territoires.

Le Collectif s’illustre aussi par les prises de parole des femmes lors de ses actions symboliques. Il ne s’agit pas seulement en effet de se faire voir mais aussi de se faire entendre! D’ailleurs, la Déclaration des femmes contre les oléoducs et les sables bitumineux est accessible en ligne sur le site de la Marche mondiale des femmes 2015 et nous vous invitons à la signer : http://www.mmfqc.org/declaration-contre-les-oleoducs

N’oubliez pas que « tant que toutes les femmes ne seront pas libres, nous marcherons! »

 

Photo : Mur de femmes contre les oléoducs, 2015

 


Déclaration contre les oléoducs et les sables bitumineux

Mur des Femmes , Marche Mondiale des Femmes , Québec.

 

Nous dénonçons vivement les projets d’oléoducs et le développement effréné des énergies fossiles.

Notre action fait écho au « Wall of Women against Tar Sands » initié en Colombie-Britannique en mars 2014 par des femmes autochtones. Nous nous inscrivons donc dans la défense de nos corps, notre Terre, nos territoires, d’un océan à l’autre du continent.

Libérons nos corps

Nous considérons inacceptable de sacrifier la santé des populations pour ce projet de sables bitumineux.

Libérons notre Terre

Nous dénonçons les menaces de ce mégaprojet sur l’eau potable à de nombreux endroits au Canada. Au Québec, la rivière des Outaouais, celle des Milles Iles ainsi que le fleuve Saint-Laurent sont hautement menacés de contamination. Le pétrole des sables bitumineux est extrêmement néfaste lorsqu’il se déverse dans l’environnement : il coule dans l’eau au lieu de flotter, ce qui le rend beaucoup plus difficile à récupérer.

Nous dénonçons ce mégaprojet qui menace la biodiversité.

Libérons nos territoires

Nous dénonçons une économie basée sur l’expansion d’un secteur industriel qui perpétue des inégalités.

Nous dénonçons ce secteur qui ne crée pas d’emplois adéquats pour les femmes. Les emplois générés pour elles sont précaires, moins bien rémunérés et peu nombreux.

Nous dénonçons un système d’emploi fondé sur de longues absences des travailleurs de leurs familles. Ceci entraîne une hausse de la charge de travail domestique non rémunéré et une augmentation des responsabilités familiales pour de nombreuses femmes.

Nous dénonçons les impacts sur les modes de vie de nombreuses communautés, dont celles qui vivent de l’agriculture.

Ceci n’est pas un mur qui divise. Il se veut rassembleur des luttes plurielles et diverses. Nous sommes là, comme mur de femmes pour stopper les industries dévastatrices comme protectrices de la Terre Mère. À la différence des murs érigés à travers le monde pour diviser des peuples celui-ci se veut unifiant.

Nous exigeons

Nous exigeons que la protection de l’environnement et des femmes soient au cœur de toutes les décisions prises par nos gouvernements et par les municipalités dans ces dossiers.

Nous exigeons que les instances chargées d’évaluer les projets prennent réellement en compte les impacts en amont et en aval dans le mégaprojet industriel des sables bitumineux. C’est-à-dire de prendre en compte les impacts de l’extraction, du raffinage, du transport, et de la consommation de ce pétrole sale non conventionnel.

Nous exigeons une transformation en profondeur de notre société et un investissement massif dans les énergies renouvelables et alternatives. La Terre n’est pas un don de nos parents. Ce sont nos enfants qui nous la prêtent.

Marie-Josée Béliveau

Marie-Josée Béliveau est militante dans les luttes environnementales, les droits autochtones et des droits humains. Elle a travaillé plusieurs années en Amérique latine et a été présidente du Comité pour les droits humains en Amérique latine (CDHAL). En raison de ses racines autochtones, elle s’intéresse particulièrement aux droits des peuples autochtones. Suite à un voyage à Fort McMurray, en Alberta en 2013, elle a concentré sa lutte contre l’industrie et le transport des sables bitumineux. Depuis, elle milite à la Coalition vigilance oléoducs (CoVO), la Marche des peuples pour la Terre Mère et siège au CA de la Fondation Coule pas chez-nous. En 2015, elle a cofondé le Mur de femmes contre les oléoducs et les sables bitumineux, un collectif qui s’inscrit dans le cadre de la Marche mondiale des femmes 2015.